Je dirais d’Émile Quillacq, mon grand-père (1891 / 1971), qu’il avait le regard de ceux qui ont passé leur vie à écouter l’eau. Un regard calme, profond, un peu voilé parfois, comme si le ruisseau Le Martinet , affluent de l’Adour, avait laissé en lui un reflet permanent. Il naquit en 1891, dans un monde encore fait de gestes lents et de certitudes simples, et il avait grandi entre le bruit des meules et l’odeur du grain fraîchement versé. Le matin, avant que les cloches eurent sonné les matines, il sortait de la maison et restait un instant immobile, les mains dans les poches, à scruter la brume qui montait de l’étang. Il connaissait chaque nuance de ce brouillard, chaque frisson de l’eau, chaque humeur des arbres. Pour lui, le moulin n’était pas seulement l’outil de travail : c’était un organisme vivant, un compagnon qui tintait au rythme du courant. Il avait appris très tôt à reconnaître la bonne farine au simple frottement des doigts. Il la portait à son nez, la laissa...